« L’isoloir » : nouvelle publiée sous le nom de Robert Darvel dans l’anthologie « Malpertuis III » proposée par Thomas Bauduret aux éditions Malpertuis. Un récit classique en diable.
Parue en décembre 2011.

« L’isoloir » : nouvelle publiée sous le nom de Robert Darvel dans l’anthologie « Malpertuis III » proposée par Thomas Bauduret aux éditions Malpertuis. Un récit classique en diable.
Parue en décembre 2011.

Lorsque j’ai songé au Carnoplaste, il y a 4 ans, j’avais déjà en tête les ateliers d’écriture. Une idée simple : réunir des auteurs en un lieu et les contraindre à pondre un fascicule avant d’être libérés.
Pour illustrer le principe, j’ai même inventé le Sergent Briggs, dont la fonction au sein de l’association était de tourmenter les écrivains, lesquels avaient la cheville liée au lutrin d’écriture par une chaine de longueur différente selon l’ancienneté ; j’ai même voulu racheter une ancienne scierie à Theil-sur-Vanne pour les installer (j’avais écrit il y a bien longtemps une nouvelle intitulée Rivage de sciure avec une famille échouée dans un hangar, qui – tiens non, je ne vais pas la raconter, je vais la réécrire pour Malpertuis IV) et cette nouvelle donc, avec l’acharnement souterrain propre aux efforts littéraires de jeunesse, m’avait en quelque sorte conditionné).
Le succès du Carnoplaste m’ayant rendu figure humaine, je renonçai à la scierie, à la sciure et au coercitif directeur de collection Briggs mais, la semaine dernière, je réunissais deux auteurs ici pour le premier atelier. Le but étant de boucler un fascicule avant de repartir. L’affaire a été écourtée pour cause de Festival de Sèvres mais j’ai pu mesurer combien le principe était bon.
Plusieurs idées pour cette première édition. Dont celle de faire travailler les deux auteurs à une même structure d’histoire pour alimenter ce qui sera la collection Cover To Cover : un fascicule double, tête-bêche, deux couvertures, deux récits construits selon un plan identique.
Le choix des auteurs ? Julien Heylbroek, qui depuis quelques temps faisait des bonds comme ça au téléphone avec un projet d’histoire de nain-vengeur-déguisé-en-gorille-mascotte-d’une-équipe-de-foot-ball-américain. Lui, je ne pouvais pas le maîtriser. Il a été convié à batifoler dans la sciure de l’atelier. Et l’autre ?
J’ai participé au recueil Muséums, chez Malpertuis. Pourquoi ne pas solliciter une des plumes ? J’ai arrêté mon choix sur Irène Maubreuil. Je l’ai contactée via Christophe Thill et lui ai exposé l’affaire. Elle a accepté.
Dimanche dernier ma rutilante Mégane s’arrêtait à La Grange (un endroit que vous découvrirez bientôt dans le Nuz Sombrelieu 2 de Brice Tarvel). Descendaient Irène et Julien, clac ! les chaînes aux chevilles, la sciure, ordinateur pour l’un et papier-crayon pour l’autre, structure narrative commune établie, en route pour 150 000 signes. Julien, avec son nain, en 1980, et Irène…
- Irène, à quelle époque vas-tu situer ta part de la stéréotypie ?
- 1875/1880.
- Julien, c’est le milieu du sport infiltré par la mafia, et toi ?
- Un western sub-aquatique avec des Asiates-troglodytes.
- Teuh, teuh. Parfait.
Le premier jour, quelque chose comme 20 000 signes tombent. Je leur prépare à manger en sus de boucler le Harry Dickson No. 189 que j’ai sur le feu. Chacun dans son dortoir, huit heures de sommeil, réveil 7h 30, douche, deuxième journée. Julien, qui a amené de la musique, place quelques pépites de stoner rock. Irène réplique avec Dr John. Julien dégaine Gary Numan, Irène place Gérard Manset, auquel Julien répond les VRP. Pan. D’Oslo, Guillaume Bazard, mon frère, propose les Havalinas. Julien acquiesce. Il glisse son Jazz éthiopien… Tout cela se termine dans une apothéose de musique industrielle. Bref , la deuxième journée, les auteurs ont fait connaissance musicalement (pour les références, demander à Julien sur Facebook et Irène à mademoiselle_maubreuil@orange.fr).
40 000 signes.
Jour 3 – Bruit de clochettes derrière la porte du jardin. Un embryon de chien, tout mouillé, tout perdu, geint. Nous nous habillons et faisons le tour du village pour le rendre à son propriétaire. Nous voyant passer, un employé agricole nous dit qu’il est à lui. Nous lui rendons. Il part en courant avec, comme pour le manger. D’ailleurs, nous l’entendons couiner, le bichon.
Jour 4 – Julien est à 40 000 signes de la ligne d’arrivée. Irène peine, mais je les vois échanger entre eux à propos de détails triviaux, et cela me réjouit. Ils parlent de cisailles scotchées au flingue du nain (qui se nomme Nelson), de Lady Godiva (l’héroïne de La Ravageuse de Desert Tide – titre provisoire) violée à l’aide d’un rat-à -écailles. La causerie s’arrête sur les films d’exploitation « Rape & revenge » (qui est le sous-genre du futur Cover To Cover). Justement Julien a amené une brouettée de daubes. On regarde donc I split on your grave (la vengeance d’une écrivaine retirée à la campagne pour écrire, qui se fait violer par les types du coin). Ensuite Lady Godiva Irène insiste pour nous faire visionner Nuns with big guns. Julien se le tient pour dit. Moi, je pars cuire les pois cassés et le lard en songeant à un fascicule racontant la vengeance d’un bichon violé par un paysan.
Enfin vendredi. Quatre heures de travail le matin amène Irène et Julien à 10 000 signes de la fin. Mais il faut partir pour Sèvres. Irène décline l’invitation : elle a à faire chez elle.
Fin abrupte pour un projet qui n’a pas été mené à son terme en une fois, mais les aléas sont ce qu’ils sont. Et, au final, il suffira de peu pour terminer le Cover To Cover. L’expérience est concluante.
Pour la prochaine séance, je convierais les illustrateurs à travailler en direct eux aussi, à mesure que les auteurs leurs donneront les éléments pour composer la couverture.
Sortie prévue pour Mars/Avril chez Le Carnoplaste – éditeur de fascicules.

Irène Maubreuil & Julien Heylbroeck. En incrustation, leur source d'inspiration respective.

17 h 59. Terminée : « La veille du départ ». Bouclée. Et j’en suis heureux.
Vous n’en saurez pas le thème avant qu’elle ait trouvé un éditeur. Sachez seulement que c’est l’histoire la plus atroce que j’aie jamais rêvée. Je l’ai menée à son terme en sauvegardant la froideur nécessaire afin que sa chute pétrifie le lecteur, pour la raison et de la manière que je m’étais fixées.
J’y suis arrivé. C’est horrible.
Et pas seulement à cause de la fameuse trace d’ongle sur la peau d’une tomate.
Maintenant, ayez une pensée pour ma correctrice. La pauvre n’aime pas la littérature de l’imaginaire. Et pourtant… pourvu que le texte garde à ses yeux les oripeaux imaginaires dont je l’ai affublé afin d’en atténuer l’horreur…
A la fin d’une réunion de travail, nous refermâmes le dossier contenant nos écrits sur Mars avec d’infinies précautions. Des particules de silice s’en échappèrent néanmoins. Un brouillard ténu troubla le bout de nos doigts, ainsi que l’osier du fauteuil. Un insecte du genre Pachnoda marginella qui rampait là fut brièvement transporté au-delà des lugubres espaces de l’éther.
Nous levâmes les yeux.
Mars… Nous apparaissant si lointaine tout à coup, au-dessus de nos têtes… Grâce aux pages-miroirs, nous venions de plonger le regard dans l’un de ses détails bizarres (au point d’y reconnaître la bicyclette de l’abbé Moreux – cf. note précédente), et voici, la planète rouge se montrait telle qu’en elle-même, en sa juste distance …
Gustave Galopin se jeta un rhum dans le gosier et, dans un magnifique geste de dépit, se leva avec une brusquerie de marionnette à ressort pour étreindre l’Astre Véritablement Inaccessible (malgré nos efforts pour le saisir dans les rets de nos écrits)…
Paf – Il s’y écrasa la crâne.
- Que le grand cerveau putréfie l’abbé, ses figues et sa planète de m*** ! explosa-t-il en se repliant comme une tige pédonculée, le crâne dans les mains.
Je mis notre dossier hors de portée de sa rétraction désordonnée.
- Laissons l’Abbé en dehors de nos maladresses, plaidai-je.
Gustave ne le voulait absolument pas. Bouillant de fureur, il se frottait.
- Qu’il aille se faire éviscérer par une volée d’Erloors, ton abbé de m*** !
- Au moins avait-il raison de proposer comme définition de l’Artiste un être hypersensible à la réactivité déconcertante, dis-je.
- E*** de p*** de c*** de planète rouge de m*** ! répéta-t-il, sans doute sous le coup de la douleur.
Je levai la tête vers la Planète, objet de sa douleur occipitale. J’y découvris la pointe d’un loquet dans le quart inférieur, là où l’œil rivé au télescope discerne habituellement la Mare Tyrrhenum de Schiaparelli.
- Tu n’as pas donné du crâne sur Mars !
- Ah non ? J’en d***, répondit-il, peu disposé, sous le coup de la douleur, à faire économie de « *** ».
Je lui montrai l’Astre au-dessus de nous.
- N’est-ce point, dis-je, le hublot de notre cave ?

Mars ? Non - Le hublot de notre cave !
Lors d’une de nos réunions consacrées à jeter les bases de notre « Histoire des Voyages vers et sur la Planète Mars » le spectre vacillant de Gustave Le Rouge nous demanda :
— Au terme de quel renoncement l’examen d’un crâne peut-il être vécu comme un défi ?
La question était joliment formulée. Ce jour-là nous tentions d’établir une chronologie des voyages de l’abbé Moreux sur Mars et nous saisîmes tout de suite l’enjeu d’une telle interrogation pour nos travaux. (Nous rappelons à nos lecteurs que l’abbé effectua divers trajets vers la planète rouge à bicyclette bien avant d’être le Psychagog que l’on sait.)
— Très juste, il est temps de comprendre, dit Arnoulds-Moreau.
— A tout le moins de rétablir une certaine exactitude, répliquai-je. Connaissant donc les travaux des phrénologues – particulièrement ceux de Franz Joseph Gall (1758-1828) et de Johann Gaspar Spurzheim (1766-1832) – et nous rappelant que des cartes du ciel sont similaires aux cartes du cerveau tracées par l’aiguille du psychographe ; considérant l’Abbé Moreux dans une certaine mesure identique à la barre ayant transpercé le crâne de ce malheureux contremaître ferroviaire Phineas P Gage en 1848, nous pourrions conclure que les absconses péripéties sur lesquelles nous nous penchons sont la cartographie – rigoureuse en un certain point – de cette perturbation ?
— Tout à fait ! s’exclama Arnoulds-Moreau.

(Le contremaître Phineas P Gage posant avec la barre qui lui transperça le crâne le 13 septembre 1848 )
— Entendu que Moreux serait une sorte de « barre intersidérale » projetée accidentellement ? intervint le spectre vacillant de Gustave Le Rouge.
— Exactement !
— Et l’éther, une voûte crânienne ? continua-t-il.
— C’est cela !
— Nous aurions tort de penser ainsi, conclut le spectre vacillant de Gustave Le Rouge. Connaissez-vous l’effet « Forer-Barnum » ?
— Oui ! Oui !
— En cas d’acceptation sans réserve de votre part, du discours sur le rapprochement entre crâne et voûte céleste, vous eussiez succombé à cet effet « Forer-Barnum » dans sa variante Robert Darvel. Le saviez-vous ?
— Non ! Non !
— Il faut donc s’en détourner sans appel. Moreux n’est pas un vingt-septième organe dérivant à la surface du Grand Cerveau. C’est un abbé projeté dans l’espace grâce à une méthodologie toute scientifique.
— Bien entendu !
— C’est-à -dire avec les appuis conjoints d’une bicyclette Manufrance Hirondelle n° 20 à 650 fr et d’un vaillance peu commune…
— Et du rhum !
— Son envol n’a rien d’accidentel. Il a été rêvé, voulu, planifié, préparé…
— Grâce au télescope !
— Qui fouille et trace comme l’une des pointe du psychographe ?
— Qui fouille !
— Bref, une méthodologie toute…?
— Scientifique ! Oui ! Oui !
— Qui fouille… ?
— Euh… La voûte crânienne éthérée…
— Qui vient de se faire fendre par l’effet « Forer-Barnum » variante Robert Darvel ?
Le spectre de Gustave Le Rouge venait de nous mettre face aux dégâts causés par notre excès d’enthousiasme. Nous baissâmes tous la tête, contrits d’être de si lamentable élèves.
—Vous n’êtes donc pas découragé ? s’enquit Gustave Galopin. Il est vrai que notre discours est à la fois si enthousiaste et si abscons…
— Abscons… Quel drôle de mot ! Comment l’agencement plus ou moins hasardeux d’une poignée de lettres me découragerait-il ?
— Agencées ou pas, moi, elles me découragent, avoua Arnoulds-Moreau.
— Mais non ! Nous sommes en route ! Nous y croyons ! « Toute cette hygiène de ne rien espérer est peut-être un peu ridicule(*) ». Je me demande juste si ce rhum n’est pas en réalité LE fameux « Jus-de-Brahmane » vieilli en fût psychique au-delà d’une durée raisonnable…
Le spectre vacillant de Gustave Le Rouge se leva et se frotta les yeux. Puis il se redressa. Il avait l’air las, mais non désespéré car malgré notre relative idiotie, nous étions opiniâtre public, il en était convaincu. Pour preuve, avant de se dissoudre, il nous dit :
— Nous poursuivrons ultérieurement cette mise au point. Pour l’heure, resservez-vous un doigt de jus de figue, mes chers amis, mais sans moi…
—-
(*) A. Bioy Casarès – 1914-1999 (pour la version Morel).
Il y a peu, André Verbrugghen, de l’Amicale Jean Ray, m’a sollicité pour la préface du fac-similé Harry Dickson No. 13 – comme il avait sollicité des érudits – Arnaud Huftier – ou des écrivains – Brice Tarvel pour le No. 12, Richard D Nolane pour le No. 14 (Thierry Martens/Yves Varende devait se voir confier le No. 15).
Comme ma préface n’est pas l’intérêt majeur de la publication, je prends la liberté de la reproduire ici, tout simplement car je l’aime bien… Et pourquoi pas, sa lecture pourra amener certains lecteurs à aller jeter un coup d’œil sur la production de l’Amicale !…
Le souhait d’André est que nous racontions comment et pourquoi nous avons découvert et lu Harry Dickson… Voici donc mes rencontres avec le Roi des Détectives :

(Fac-similé Harry Dickson-13 / Amicale Jean Ray)
Souvenirs et mensonges à propos de Harry Dickson
par un affabulateur venu de Mars
La première fois que je rencontrai Harry Dickson, c’était dans les années soixante-dix. J’étais de retour de Mars après les épreuves psychiques que l’on sait – sinistre brahme Ardavena ! – et je vivais dans une ferme non loin de Bayeux, en Normandie. Ce jour-là , il pleuvait si fort que je dus renoncer à ma promenade dans les chemins creux par peur d’y rester fiché comme un bâton. J’avais donc troqué mon escapade contre un livre et souhaitais vivement passer une paire d’heures avec un compagnon de la trempe de Jim Hawkins, John Mohune ou Stalky, Beetle et M’turk. Il faisait sombre mais je rechignais à convoquer la fée électricité ; je tirai mon fauteuil près de la fenêtre ; la lumière dansante pénétrait à travers les petits carreaux noyés. J’étais à l’étage, car au rez-de-chaussée œuvrait le peintre-graveur, penché sur ses cuivres recouverts de vernis siccatif. Il avait allumé la radio, cela m’aurait perturbé. De l’étage, je n’entendais qu’une voix monocorde assourdie par la pluie et le craquement des planchers vétustes.
J’ouvris mon volume, trouvé dans une librairie de Caen le matin même et plongeai dans la lecture. Quelque temps après, un mouvement attira mon regard de l’autre côté de la vitre. Je levai les yeux de ma page. Il y avait quelqu’un dehors dans la cour de la ferme.
Je pressai mon visage contre le carreau. La pluie déformait la silhouette. Je vis que ce n’était pas M. B***, qui nous louait la ferme dont il n’avait pas usage (il l’avait acquise pour les terres) : l’homme avait une stature bien plus imposante que le propriétaire qui, comme bon nombre de normands, était râblé, ventru, vêtu six jours d’une salopette et le septième d’un rêche complet-veston repassé tout en angles, alors que mon inconnu portait une gabardine claire aux plis tombant harmonieusement depuis de larges épaules et paraissait fortement découplé.
Aujourd’hui encore, je ne peux repenser sans émotion à cette silhouette campée dans une pose héroïque au centre de notre cour – là où, plus tard, nous planterions un marronnier sous le regard réprobateur du fermier qui, songeant à la difficulté de manœuvrer son tracteur, s’était déjà promis d’arracher l’arbre dès que nous aurions quitté la ferme – mais revenons au Roi des Détectives, car c’était bien Harry Dickson, qui me hélait sous la fenêtre de ma chambre. Je descendis, déplumai le perroquet d’un vêtement de pluie, coiffai ma gapette et accourus.
— My boy, me dit-il, Pike a entendu un autobus du côté des ruines rouges.
— Un autobus ? dis-je en levant vers lui des yeux étonnés. Mais non ! C’est un trou, le chemin qui y conduit ne mène nulle part.
Nous nous dirigeâmes vers les bois, de l’autre côté du four à pain. Pike, un tramp de Stonehill nous eut bientôt rejoints, ainsi que Mr. Day, l’agent de police. Nous arrivâmes à la mare, dont la source produisait de grosses bulles d’air qui crevaient la surface.
Harry Dickson interrogea nos deux compagnons puis les congédia bien vite. Je restai seul avec lui.
Les bois ruisselaient de pluie. Au loin criaient les buses. Je regardai mes chaussures crottées, puis jetai un œil au gras de mes pouces : ils étaient gris de l’encre du Marabout contenant Le vampire des ruines rouges.
A mes côtés, Harry Dickson s’anima. Il s’approcha de la berge.
— A nous deux, mes jolies naïades, murmura-il pour lui-même. Je vais aller faire un tour dans votre humide empire.
Et alors le détective fit une chose bizarre, incompréhensible : pieds joints, il sauta dans la mare !
Il se passa bien du temps, mais Harry Dickson ne réapparut pas !
***
Des années plus tard, nous étions, mon épouse et moi, à l’étage de notre modeste location sur les berges de la Seine, dans une petite commune oubliée qui avait en son temps abrité quelque splendeur bourgeoise maintenant décatie. C’était un dimanche. De rares passants emmitouflés dérivaient comme des nageurs égarés sur la berge. Plus loin, vers Sartrouville, les façades des vieilles demeures avaient l’air de se pencher au-dessus de l’onde triste comme pour contempler leur apprêt passé. Le brouillard venant d’Achères les enveloppait d’un suaire charitable.
Tandis que mon épouse, toute proche de la chiche braise grillagée d’un chauffage au gaz, travaillait à ses cours, je m’installais près de la fenêtre pour lire. La sourde pulsation d’une péniche résonna dans le brouillard, d’abord ténue, puis affirmée à mesure qu’elle approchait. « Elle remonte le courant, » me dis-je, car mon oreille de riverain s’était habituée à reconnaître un diesel à la peine. Je repris ma lecture. Le moteur continuait à gémir sourdement, alors qu’il aurait dû être stoppé à l’écluse. Je regardai par la fenêtre. La nuit tombait sur un terrain préparé par de grises ombres complices.
J’attendis.
J’abandonnai mon livre. Je me vêtis à la hâte et, sans prévenir mon épouse, sortis, happé par le mystère de cette péniche évanouie.
Je me dirigeai vers les premiers fanaux allumés. Je tentai de percer le mélancolique suaire de grésil rampant sur le wharf. Sur le quai, je vis une grande silhouette campée droite, tirant sur une bouffarde. Le vent m’apporta l’odeur d’un Hollande familier.
— Hello, my boy, dit Harry Dickson sans même bouger la tête.
Il tendit la main au-delà des péniches à fond plat.
— Voici que le crépuscule s’alourdit des ombres du passé…
Puis, se tournant vers moi :
— Trente ans… chuchota le détective. Il est temps pour nous d’aller écouter Annabel Blachlaver…
J’acquiesçai. Nous nous mîmes en route. Nous longeâmes le canal qui fuyait en lignes sombres, puis nous aperçûmes la large ramure de puissants marronniers. Nous foulâmes bientôt l’épais tapis de feuilles mortes. Au loin brilla une lueur falote : on avait allumé à notre intention une lanterne derrière une fenêtre de Blach Manor.
Tandis que nous avancions, Harry Dickson et moi, j’entendis tout près de mon oreille chantonner aigrement :
C’est la poule, poule, poule
C’est la poule du gouverneur…
… comptine crapuleuse imprimée dans l’intégrale aux Nouvelles Editions Oswald…
Ensuite, avant que ne s’estompent les dernières lueurs d’un jour infiniment triste, nous pénétrâmes dans Blach Manor. Nous prîmes place devant le feu. Les reflets jouaient dans les cheveux argent d’une femme assise dans une sombre encoignure.
— Je vous écoute, Annabel Blachclaver, dit gravement le détective…
***
Bien des années plus tard, je me trouvai de nouveau dans le Bessin, contrée qui recèle en ses béances d’ardoise autant de secrets que ses cieux détrempés comptent de nuages – tendus par le vent ou ramassés en formes extravagantes.
J’étais désœuvré. Je voulus me tourner vers la lecture, plaisir de l’ennui. J’avais passé un doigt sur les dos des ouvrages contenus dans ma bibliothèque ; aucun qui sût m’attirer – pas même ces Corps 9 d’un noir de coaltar, au format pourtant agréable, aux cahiers solidement cousus, en lesquels j’avais cru puiser une lecture nostalgique, ni ces Terre de Brume dont la vigueur parodique m’effrayait quelque peu, car j’étais d’humeur triste.
Je décidai de sortir. J’allai vers Port-en-Bessin… Effroyable endroit… Je revins par Longues-sur-Mer. Je me perdis dans un lieu-dit tiré de l’étymologie locale du mot « brouillard »… Je passai quelque rempart de pierre, poussai une porte et me trouvai face au Roi des Détectives.
— Old chap ! s’exclama-t-il. Venez voir.
Et sans que j’aie pu manifester autre chose qu’un ahurissement bien compréhensible – qui n’aurait été décontenancé de trouver Harry Dickson à la Buhennerie – il m’entraîna dans l’atelier attenant. Je descendis une marche et me trouvai face à une trentaine de toiles extraordinaires.
Elles représentaient des couvertures de fascicules. Le bandeau ? Bleu et rouge, familier.
Harry Dickson
Le Sherlock Holmes américain
Scènes étonnantes peintes avec une minutie d’orfèvre. Je lus les titres : Le Ministère du Grand Nocturne ; Le Cimetière des hommes morts… Je me précipitai pour déchiffrer la numérotation en haut à gauche : No. 181… 182…
— Oui, me déclara Harry Dickson en tirant sur sa pipe brasillante. Le Polichinelle d’acier ne m’a pas saisi assez fortement de ses pinces à oubli…
Je saisis l’une des toiles – La rivière sans visage – et la retournai.
— Il n’y a pas d’histoire derrière ! m’exclamai-je.
— Hélas… me dit le limier. Bien que le peintre ait une jolie plume (lorsqu’il me dit le nom de cet insaisissable artiste, je compris que c’était un pseudonyme, car Isidore Moedúns n’est-il pas l’anagramme de Monsú Desiderio ?), écrire n’est pas son métier.
Ecrire !… Ce n’était pas le mien non plus…
J’hésitai bien longtemps… Puis, toute modestie bue, je rassemblai les impressions laissées par mes lectures anciennes, convoquai sous ma plume Mrs. Crown et Goodfield, et Georgette Cuvelier. Au diable la paralysante humilité, la retenue empoisonnante ! Je ne suis pas Jean Ray, bien sûr que non ! Je ne suis pas logé plaine G, rangée 2, Westerbegraafplaats : je vis, et ces toiles méritaient une existence fasciculaire…
Je démarchai quelques éditeurs…
La sollicitation ne trouva pas l’écho espéré.
J’étais, hum, dépité.
C’est alors que la DDE choisit d’effectuer des travaux sur la D 24.
À l’époque, je travaillais à Gif-sur-Yvette. La déviation à hauteur de Janvry m’obligea à passer par Frileuse.
Je découvris le Carmel.

(Le Carmel de Frileuse)
L’endroit avait tout pour attirer le regard curieux : Le Carmel de Frileuse est caché par de hauts murs au faîte desquels les cyprès s’agitent comme des bonnets pointus. Le premier matin, je remarquai l’endroit ; le second, muni de mon appareil-photo – car je suis souvent en repérage – j’arrêtai ma voiture. J’allai à la grille. Là , était indiqué que les Sœurs effectuaient des travaux d’impression. Faire-part de mariage (tarif sur demande), faire-part de naissance, faire-part d’ordination (sur devis), puis je vis : fascicules (sur devis).
C’est exactement là que j’eus l’idée d’éditer moi-même les nouveaux Harry Dickson. D’emblée, je songeai : « faire œuvrer des Sœurs dans le domaine du Crime serait amusant. » J’en ricanai d’aise.
Deux jours plus tard, ayant mis en forme ma sollicitation sous le coup d’un imprévisible enthousiasme, je franchissais la grille. Il faisait grand vent, les cyprès pointus fouettaient l’air. On m’accueillit. Je demandai à m’entretenir avec… avec la Mère Supérieure ? La conductrice offset ? Sœur Massicot ?
J’expliquai. J’avais apporté un fascicule d’époque, ainsi que quelques couvertures de Moedúns.

Plus que le vent, l’une de celles-ci agita les cornettes.
Ignorant que j’étais ! Le couvent…  se révéla être le Carmel Sanglant, horrible théâtre d’ombres et de sang encore hanté par les âmes des victimes !…
Rétrospectivement, je puis voir combien il fut malséant de troubler la douleur véritable des Carmélites avec des histoires de crime fictif…
Le Carmel Sanglant ? Qu’est-ce ?
Une histoire effroyable… Qui n’entre pas dans le cadre de cette préface… Je demanderai peut-être à  l’un des écrivains du Carnoplaste de vous en toucher deux mots… dans un fascicule !…
Est-ce ici que fut imprimé le No. 181 des Nouvelles Aventures du Roi des Détectives ?
Ah !…
En tous cas, s’il est sorti des rotatives, c’est en somme grâce à la DDE.
Comme quoi, c’est en déviant qu’on devient.
***
Fort de cette aventure, je me retirai dans ma modeste demeure à l’orée de la forêt d’Othe. Un soir que je méditais devant ma cheminée humide où se consumait un charme blanc comme mollet de nonne – mauvais bois acquis grâce à ma maigre réussite d’éditeur de fascicules – je songeai aux souvenirs laissés par Harry Dickson. Je me souvins de l’émerveillement que me procurait un petit jeu né de ma curiosité à comprendre comment Jean Ray avait écrit les histoires, jeu qui consistait à lire l’une ou l’autre de ces aventures à rebours, commençant par l’épilogue, et m’arrêtant pour considérer le fil, comme dénudé, qui reliait un chapitre à l’autre.
Je me laissai aller à rire tout seul devant l’âtre, au souvenir des Vengeurs du Diable. Puis je frissonnai en me remémorant Blue Bell House et ses scorpions…
Un rire fit écho au mien. Je sursautai violemment. Je n’étais pas seul. Dans l’autre fauteuil était installé une sorte de lutin au collier de barbe comme broussaille circulaire d’un jardin botanique, aux yeux pétillants de malice, les deux bras serrés sur une sacoche qui débordait de vieux livres.
— Je m’appelle André Verbrugghen, dit-il.
— Je ferai de vous un personnage dans une histoire, répliquai-je pour me venger de la frayeur infligée. L’Adorateur de Lin des Tropiques ou autre Rescapé d’un sanglant catéchumat dans les brousses du Congo…
— Nous avons un ami commun, dit-il.
Nous évoquâmes le Gantois. Puis je murmurai :
— Harry Dickson…
Il me tendit l’un de ses fac-similés. J’en appréciai la tenue. Il me proposa d’écrire une préface. Moi, gratte papier laborieux, prendre la suite de toutes ces plumes fameuses ?
Qu’avais-je à dire ?… Rien de savant, sinon évoquer l’empreinte indélébile du limier sur mes souvenirs de lecture.
Tandis que charbonnait le tronçon de carmélite, nous regardâmes tomber la pluie sur les pierres du jardin. Sans doute pour asseoir plus confortablement ma légitimité face à sa sollicitation imprévue, je déclarai :
— Savez-vous que moi, Robert Darvel, jadis envoyé sur la planète Mars par la puissance psychique de 10 000 brahmes, j’ai épousé une descendante d’illustre famille ? Oui, M. Verbrugghen, insistai-je avec une sourde exaltation, oui ! Ma femme, voyez-vous, est la petite-fille de Mrs. Crown…
Je me tournai vers mon visiteur, face fendue d’un grand sourire.
Le fauteuil était vide. Il avait disparu – sans doute l’avait-on averti télépathiquement de l’exhumation d’un article inconnu de Jean Ray paru dans le Het Volk…
Resté seul, j’éclatai de rire et, pour saluer toutes ces histoires, levai ma Schlitt chromolithe provenant de chez Frau Pilz, du Café Holzdamm.
Robert Darvel – Mars 2011 (tous droits réservés)
Il y a déjà quelques années, et dans un autre blog, j’avais esquissé sous forme théâtrale une Histoire de la planète Mars. Il va de soi que tous les personnages ont véritablement existé ; qu’ils ont tous tenus des propos – rétro-éclairés par leur propre conviction – sur ce que devait être la planète Mars. Quiconque s’intéresse un tant soit peu à l’histoire de Mars reconnaîtra tous ces bavards. Leurs propositions ont été véritablement formulées dans leurs ouvrages respectifs.
Et il y avait déjà l’abbé Moreux, qu’on retrouvera sous les traits du Psychagog chez Le Carnoplaste, et son ennemi juré, Percival Lowell. Ce texte date d’avant la création du Carnoplaste. C’est dire si j’ai de la suite dans les idées.
Heureux lecteur, je l’ai retrouvée. La voici (illustration d’Isidore Moedúns) :

Le premier astronome
Mars possède une atmosphère parfumée à la myrrhe. Indubitablement.
Le deuxième astronome
Mars pèse environ 10 fois moins que la Terre. Faut donc dix seaux pour faire un pâté.
Herschel
L’analogie entre Mars et la Terre etc… Y a du bon beurre à se faire !
Miss Clerke
Formulons plus attrape-couillon : c’est dans cet « etc. » que se forge l’intérêt pour les conditions physiques de notre « voisine planétaire extérieure ».
Herschel (passant la bouteille)
Un point pour vous la Miss. A vous le blabla, à moi la palette. Parties brunâtres, jaunes : continents… Taches, traînées sombres : océans, détroits.
Beer
Du vent !
Miss Clerke
« Aérographie » : hop, forgé le néologisme.
Madler
De la méthode. Posons les premiers linéaments de la Géographie Martienne.
Herschel
Eh, mon télescope, qu’est-ce qu’il lui fait subir, ce chien d’habile opticien ?
Miss Clerke
Viens là mon chou. Regarde cette belle inclinaison d’axe.
Herschel
Tiens, je vais attribuer au sol martien cette coloration rougeâtre caractéristique.
Secchi
Norman, passe-moi les crayons.
Lockyer
Minute que je boucle la nécessité d’imposer l’idée d’une nomenclature.
Proctor
Fignolons une carte vraiment sérieuse. Autre chose que les gribouillages de Kaiser & Fontana.
Huggins
Oh, une tache spectroscopique !
Vogel
Tu as renversé ton Kummel : ce sera une « Mer »
Huggins
Et là , qui relie : des « fleuves ». Tiens on frappe. Tu peux ouvrir ?
(Entre un gusse en scaphandre)
Schiaparelli
J’arrive à la nage de Milan. Y a une petite place au sec pour moi ? Danke Schön. Et pendant que je sèche, j’en profite pour tenter un repérage trigonométrique. Bien bien bien. Si on relevait la sauce d’une bonne pincée mythologique ? Eh ! c’est au poil ! J’en suis déjà à 144 points fondamentaux.
Burton & Dreyer
C’est beau mais un chouïa brouillon. On se demandait si, pour l’avenir de l’Aérographie, droit et mince…
Schiaparelli
Droit et mince, ce serait mieux ? Cordeau et équerre.
Lady Beltham
Un réseau artificiel plié par les mouvements orogéniques !
Schiaparelli
Regarde ma belle : en plus, les Canali se dédoublent ! Hop, une autre ligne égale et parallèle… Chiée, la gémination !
Perottin & Tholon (coudes en l’air, moues pincées)
Le fait est confirmé (mais n’enlève pas nécessairement au phénomène tout caractère illusoire).
Schiaparelli
Vous êtes chiés les mecs ! 420 canaux, et ça doute encore !
Perottin & Tholon
420 ?
Schiaparelli
420, confirmés tout chaud de Flagstaff.
(Entre Percival Lowell, avec son Parapluie-en-Peau-de-Figue)
Lowell
630 au jour d’aujourd’hui ! Rectilignes. Et pas que sur le rougeâtre : ils s’étendent même aux régions sombres.
Douglass
Jusque sur les Mers ! Ah le bel et beau fatras !
Lowell
Et à l’intersection des canaux, des taches rondes et noires !
Pickering
Irrigation. Thèse de l’artificialité des canaux : creusé par des… ? Des ?
Schiaparelli (qui s’étrangle avec un Panettone en forme de poulpe)
Des… Marsiens.
Lowell (qui s’emporte)
Apparition et disparition des canaux : tenons une statistique rigoureuse qui nous révélera les propriétés intrinsèques de chaque formation. Le « Cartouche du Canal ». Fusion des calottes polaires, fontes des neiges boréales et astrales, la flotte transbahutée vers les régions tropicales et au-delà : vie végétale implique vie animale. Les Martiens font pousser leurs brocolis. Et la même chose dans l’autre sens dès l’arrivée du froid. Irréfutable.
(Entre l’abbé Moreux)
Moreux
Irréfutable mes couilles. L’eau atteindrait la vitesse de 80 km par jour, du pôle vers l’équateur !
Lowell
Climatologie intrinsèque ! Intelligence à l’œuvre au moins égale à celle qui irrigue les plaines du Dakota !
Moreux
Toi et Schiaparelli, vous êtes les seuls à voir des canaux rectilignes là où il n’y a que du diffus, de l’irrégulier et du dégradé.
Lowell & Schiaparelli
Arrête la Poudre-Coza, l’abbé !
Schiaparelli
Salut les filles. Moi, je vais piquer une tête.
(Il sort. On entend un plouf)
Lowell
T’es bouché l’abbé ? Ligne droite : économie. Cercle : maximum de surface pour un périmètre donné. Donc artificialité. Donc brocolis.
Moreux
Et que la flotte passe l’équateur et remonte ? L’éclusier est parti s’en jeter un ?
Lowell
Rotation. Aplatissement aux pôles. Ellipsoïde de révolution.
Moreux
Équilibre hydrostatique. « Une particule liquide placée en un point quelconque de cette surface théorique doit rester où elle est, sans aucune tendance à un mouvement déterminé. »
Schiaparelli (de dehors)
Eh venez les gars, elle est super bonne !
Lowell
La pesanteur ne la sollicite pas ? Mécanisme artificiel, comme un Schiaparelli mais plus boulonné, plus élaboré, qui créée l’onde et fait des vagues. La nature ne prend part à ces manifestations. 4 240 km en 52 jours ? 3 km 1/2 de l’heure. Un jeu pour le Service Public martien.
Moreux
Impossible.
Lowell
Des ingénieurs autrement plus bulbeux que ceux d’ici.
Moreux
Impossible.
Lowell
On va voir ?
Etc., etc…
21 h 20. Grande chaleur. Suis en train de travailler à une histoire dont le titre temporaire est « La veille du départ ». Elle m’est venue il y a trois ou quatre nuits. Bribes d’abord confiées au dictaphone, puis transcription écrite. Et maintenant première rédaction. Recension des effets nécessaires et des procédés narratifs voulus par le sujet. Choix du narrateur et de la profondeur de champ.
Des indices d’intention ? Faire de la trace d’un ongle sur une tomate un détail terrifiant.
22 h 30. Les choses ont avancé. Ce sera glaçant. Mon personnage dira « je » ; il décrira chaque détail de la situation. Lui sait où il est et ce qu’il risque. Pas nous. Qu’il se méfie des Taralli des Pouilles et des bouchées thaïlandaises. Et qu’il n’oublie pas les micros.
22 h 56. Orage au-dessus. Je coupe. La suite sera jetée sur papier.
Après quelques tâtonnements, à droite le logo temporairement définitif du Carnoplaste.
Un jour, j’expliquerai la genèse du truc, et les hasards qui ont guidé son élaboration.
